Evènements survenus le Samedi 19 août 1944.

A Albi : L'ensemble des maquis du Nord du département se sont regroupés autour de la ville. La garnison allemande s'affole et décide de se replier sur Castres. Les officiers partent en voitures et en camions laissant la troupe, composée en majorité de " Mongols ", suivre à pieds ou sur des véhicules hétéroclites dérobés aux habitants. Cette colonne de " Mongols " est attaquée en début d'après midi, par des avions de la R.A.F., dans la ligne droite de Mousquette où elle subit d'énormes pertes. Les officiers qui étaient loin devant ne sont pas touchés et arrivent à Castres sans encombre.

A Castres : Tôt le matin, quatre avions anglais viennent survoler la gare pour attaquer le train blindé devant faire mouvement sur Toulouse. Par suite d'un changement d'horaire, qui ne peut leur être communiqué à temps, ces avions bombardent la micheline se dirigeant vers la ville rose. L'attaque se produit à 1 kilomètre au sud de la gare, à Moulet, non loin de la Crémade. 25 à 30 bombes sont larguées . Trois seulement touchent la micheline les autres tombent sur les rails. On ne déplore que trois blessés dont le chauffeur assez grièvement et deux passagers plus légèrement. Deux métairies se trouvant à 80 ou 100 mètres n'ont pas eu de dégâts. Vers 9 heures du matin, un fait tragique se déroule à la barrière de l'avenue de Lavaur. A cette heure là, des coups de feu sont tirés sur le barrage allemand qui s'y trouve, par un ou des inconnus. Croyant que ce tir provenait de la maison d'en face, au 143 de l'avenue, les soldats allemands ripostèrent de toutes leurs armes et la maison fut criblée de balles. L 'habitant du rez de chaussée, Monsieur Pierre Gleyzes, agé de 61 ans, qui se trouvait dans sa cuisine fut mortellement blessé. Transporté à l'hôpital il y décédait quelques instants plus tard. La maison ainsi que ses abords furent fouillés par les allemands, les autres locataires furent pris en otage et conduits au quartier Fayolle. Les femmes furent libérées dans la journée alors que les hommes ne le furent que dans la matinée du dimanche 20 août. Maigre consolation pour Pierre Gleyzes, le registre d'état civil porte la mention : " Mort pour la France " .

Les premiers contacts avec l'Etat Major allemand à Castres .

A Castres, en cette matinée du 19 août, règne une vive agitation dans les casernes occupées par les " Mongols ". Ils cherchent à fuir et les officiers allemands sont obligés de tirer pour maintenir l'ordre . Depuis quelques jours déjà tous les accès de la ville sont étroitement contrôlés par l'occupant. De puissants barrages, faits à partir de platanes abattus, bloquent la circulation. C'est un de ces barrages qui va être à l'origine de la mise en route du processus de la libération de Castres. La presse locale et régionale, au lendemain de cette libération, nous en a rapporté les faits . Mais qui, mieux que le principal instigateur, peut en faire le récit ! Il est incontestable que le Capitaine Lamon, alias " Dumoulin " en a été l'acteur principal. En effet, il était chargé, depuis le mois de juillet 1944, par le Commandant " Hugues " de préparer la mobilisation des ressources de la Zone A et d'installer son PC en ville en vue de l'action du jour " J ". Et c'est lui, conformément aux ordres reçus, qui prit l'initiative de rencontrer l'Etat Major Allemand. Dans une longue lettre adressée à Guy de Rouville il fait le récit suivant : " Le 19 août, peu après avoir quitté le Colonel Alibert commandant l'E.P.S.M., je suis tombé vers 10 h 30 avec un de mes sous-officier le maréchal des Logis Radio Kremer, sur un barrage allemand dans les environs de l'Albinque mais grâce à la confusion qui régnait un peu partout nous avons pu tromper la surveillance ennemie et rejoindre celui qui était mon meilleur agent et allait être mon plus parfait auxiliaire pour la réalisation de mon plan : le maréchal des Logis-Chef Le Jeune, un ancien sous-officier du 1° Escadron du 3ème Dragons. Par Le Jeune dont la belle-sœur avait su capter l'intérêt et la confiance du chef d'E.M. allemand j'ai su que chez l'ennemi un regroupement d'unités était en cours, que le Commandement allait dans les heures prochaines déclencher une action d'envergure pour prévenir une nouvelle agression des Corps Francs, mais j'ai su aussi que le moral n'y était pas et que les chefs souhaitaient de trouver une solution de compromis capable d'épargner du sang et d'éviter des ruines. Je n'ignorais pas d'autre part ce qui se passait de notre côté, je savais parfaitement que l'affaire de Mirabel était montée et qu'elle allait avoir lieu au cours de la nuit du 19 au 20 août... C'est dans ces conditions que j'ai fait parvenir le samedi 19 août vers 15 heures au Commandement allemand (Colonel Macht et Capitaine Maertz) une note ayant l'allure d'un ultimatum et leur fixant pour le soir même à 22 heures un rendez-vous en mon domicile de la villa des Tilleuls, rue Théron Périé à Castres, afin de discuter et d'arrêter les conditions de la reddition allemande. Et c'est ainsi que le samedi 19 août 1944 à 22 heures 30 des voitures allemandes précédées d'une section allemande se sont arrêtées devant mon domicile, Villa des Tilleuls, et dans la cour du voisin, le fermier Daydé qui a conservé le souvenir vivace des craintes qu'il éprouva au cours de cette nuit. De la première voiture qui était devant ma porte sont descendus deux officiers allemands (dont le Capitaine Maertz chef d'E.M. du Colonel Macht) et deux plantons ; de la seconde voiture un sous-officier allemand et mes 3 agents : Le Jeune, sa femme et sa belle sœur " C'est donc au domicile du Capitaine Lamon que cette prise de contact avec l'Etat Major allemand a lieu, et non dans les salons du Grand Hôtel comme certains ont pu le laisser croire. Nous apprenons également qui à pris part à la discussion. Côté francais quatre personnes : le Capitaine Lamon, Le maréchal des Logis-chef Le Jeune, sa femme et sa belle sœur. Du côté allemand le Capitaine Maertz, un autre officier et un sous officier. Ce qui est regrettable c'est que le Capitaine Lamon n'entre pas dans le détail des discussions, il indique seulement : " J'ai eu en son temps l'occasion d'adresser au Général Collet qui me l'avait demandé un rapport sur mes pourparlers avec ces émissaires allemands, sur cette séance dramatique qui eut lieu pendant près de 6 heures chez moi (…) et à l'issue de laquelle j'eus la joie d'obtenir la reddition de toutes les troupes ennemies qui étaient sous le commandement du Colonel Macht ; je n'y reviendrai donc pas ici, ce qui d'ailleurs ne représente plus aucun intérêt maintenant. " Plus aucun intérêt, pour lui peut-être, mais pour nous si. Ce rapport doit encore figurer dans les archives du Général Collet, mais faute de temps je n'ai pu le rechercher. Claude Julien, jeune journaliste du journal " Debout " qui vient de paraître au lendemain de la libération, relatant l'évènement , fournit quelques précisions : " Au début de la discussion, Maertz parle en vainqueur. Il est très calme, parfaitement maître de lui. Mais il trouve un adversaire de taille en la personne de Dumoulin. Avec une audace qui n'étonne nullement chez un officier français, le capitaine Dumoulin parle des forces dont il dispose : il cite 5000 soldats entraînés, alors que 500 sur 2000 en réalité, sont armés. Il profite de l'incursion de la R.A.F. pour dire qu'au premier signal son aviation entre en jeu. Puis dans la discussion le sentiment se mêle habilement à la raison. Le Capitaine évoque la sympathie du Commandant allemand pour la population castraise, toujours calme et digne, et qui à ce titre, ne mérite pas les pertes inévitables que lui causerait une bataille de rue. Poussant plus loin son audace le Capitaine Dumoulin, sachant que les officiers allemands ne sont pas très sûrs de leurs troupes géorgiennes, cite le nom d'un Capitaine qui aurait été tué par ses hommes. La supercherie n'est pas sans effet. Maertz ne se doute nullement du bluff auquel il se laisse prendre. Et lorsque, avant l'aube, vers 3 heures 30 la discussion prend fin, Maertz a perdu son calme et son ton dominateur. Il se devine prêt à capituler et demande une arme pour se suicider. " Cette dernière phrase rapportée par le journaliste de " Debout ", indiquant que le Capitaine Maertz avait demandé une arme pour se suicider, attire une réplique de son confrère de la " Victoire ", qui le 25 septembre 1944 écrit à son tour, dans un article intitulé " La vérité sur la reddition de la garnison allemande de Castres " : " Tout en ayant reçu certaines confidences, nous ne sommes pas autorisés à dévoiler les divers colloques qui marquèrent cette soirée historique pour les annales locales. Cependant, nous pensons qu'il est de notre devoir de mettre les choses au point et d'affirmer, contrairement à certains bruits fantaisistes répandus à la légère par quelques-uns, que le Capitaine Maertz n'a jamais eu l'intention de mettre fin à ses jours. Demander un revolver, à cet effet, paraissait bien inutile, car cet officier ne s'est jamais séparé du sien. " Il semblerait toutefois exact que le capitaine Maertz n'était plus en possession de son arme. En effet, M. Camille Nicaise, du groupe Veny-Fer de la gare de Castres m'a fait le récit suivant : " Le 19 août 1944, Monsieur Faivre, responsable de la Résistance fer à Castres à donné l'ordre au chef de dépôt du petit train, M. Bastoul, de mettre une rame de wagons plats sur l'avenue Albert 1er pour couper la route de Toulouse. Nous étions une vingtaine de cheminots et nous nous sommes répartis dans divers postes de guet. Dans l'après midi, je me trouvais ainsi en faction à hauteur de la rue du Petit Creusot. Vers 18 heures je vois arriver un Allemand à vélo. Je me rends compte que c'est un officier. HALT!! lui criais-je ... Il s'arrête, dépose son vélo contre le mur du salon de coiffure. Je lui prends son revilver et le fait passer par la petite porte de la lampisterie de la gare. J'ai gardé cet homme prisonnier pendant 2h et demi. Lorsque les copains sont venus ils ont identifiés le capitaine Maertz qui était attendu à la Kommandantur pour aller rencontrer le capitaine Lamon" L'âpre discussion, entre le Capitaine Lamon et le Capitaine Maertz, dura une bonne partie de la nuit et ce n'est que vers les quatre heures du matin qu'elle prit fin sur un accord de principe en vue de la reddition des troupes allemandes de Castres. Les émissaires ont convenu de se retrouver dans la matinée du dimanche 20 août au château de Péraudel, propriété du beau-père du Capitaine Lamon pour, en présence du Commandant Pierre Dunoyer de Segonzac et du Colonel Machts, ratifier ces préliminaires, qui concernaient le désarmement, l'internement, la remise des armes et des dépôts, des casernements, la discipline, le travail des prisonniers etc...

L'attaque du train de Mazamet.

Ayant donné ses ordres au Commandant " Antonin " pour qu'il prenne les dispositions de combat, le Commandant " Hugues " à 1 h de l'après midi, en civil, se rend à Mazamet, accompagné d'un membre de l'A.S. de la ville, afin de prendre contact avec le Capitaine allemand. L'entrevue à lieu dans le square, non loin de la gare. De Segonzac lui demande de renoncer à son projet de rallier Castres, quelques jours avant le commandot américain avait fait sauter le pont du chemin de fer à Tractir interdisant de ce fait tout départ vers Bédarieux et la méditerranée, et lui conseille de se rendre. Le Capitaine Krause, bien que conscient de la situation, refuse la proposition et maintient son repli sur le chef lieu, q voulant, en bon soldat, exécuter les ordres reçus. L'attaque du train devient inévitable. Elle est fixée pour le soir même à Mirabel non loin de Labruguière. Pour qu'elle se produise dans l'obscurité, des sabotages de la voie sont pratiqués dans le courant de l'après midi afin de retarder le plus possible le départ du train. Toujours dans l'après midi, les éléments du groupe " Antonin ", de la compagnie " Marc Hagueneau " et du commando Américain prennent leurs positions de combat. Les maquisards avaient une demi-journée pour organiser le minage de la voie à l'endroit qui convenait le mieux. On choisit un lieu où le train tout entier serait à découvert alors que les attaquants pourraient dissimuler leurs mitrailleuses en utilisant le terrain. Il n'est pas dans mon intention ici de vous faire le réçit de ce combat qui existe dans les journaux de marche des maquis. Vous pouvez d'ailleurs trouver celui du Capitaine Gamzon, commandant la compagnie " Marc Haguenau " du CFL 10 sur son site internet. Au petit matin les Allemands se rendent. "Le commandant allemand, enveloppé dans un drap blanc est là, au garde-à-vous devant le commandant Hugues. Cinquante Boches, les mains en l'air, hagards, ahuris, ensanglantés, sont rangés en ligne. " Cependant les Allemands ne voulaient faire leur soumission qu'à des officiers de l'armée, car ils avaient une peur bleue des maquisards qu'ils considéraient comme de redoutables terroristes. Ils étaient certains qu'on allait les fusiller sur-le-champ. On les fit simplement prisonniers... Dans le train une surprise attendait les vainqueurs. Les wagons, soigneusement aménagés à l'allemande, étaient non seulement bourrés d'armes, mais aussi de toutes sortes d'objets de première nécessité. On y découvrit des vivres, des tissus et même une énorme quantité de billets de banque français proprement rangés dans un wagon-caisse... On peut voir sur cette photo, prise le 21 août dans la rue Thiers, à Castres, un de ces canons monté sur un camion du maquis de Vabre. " Les choses ont été très bien organisées. En moins de deux heures le train est vidé de toutes ses armes, et les cinq canons automatiques qui restent sont montés sur des camions. Le commandant allemand est stupéfait de tant de discipline, de tant d'ordre et de tant d'humanité. " L'attaque est un réel succès. Le butin est énorme. Il faut noter, que malgré l'intensité du combat de nuit, qui s'entendait et se voyait de fort loin. " La nuit, des fusées de toutes les couleurs montent de Castres. On nous apprend qu'un train a été attaqué entre Mazamet et Labruguière " note un jeune du maquis " Magne " dans son journal de marche. Cette attaque ne pouvait donc pas passer inaperçue et la garnison de Castres, au courant du repli de celle de Mazamet, n'ignorait rien du combat qui se déroulait à quelques kilomètres de chez elle. En toute logique elle aurait du se porter vers Labruguière pour tenter de dégager le train, mais elle n'en fit rien, et resta bien tranquillement dans ses quartiers. Signe évident d'une certaine passivité due au fait qu'ils ne se sentaient plus assez forts pour s'aventurer hors de Castres. L'action psychologique avait bien fait son œuvre. De plus, à la même heure, l'Etat Major engageait les pourparlers de reddition avec le Capitaine Lamon, le sauvetage du train n'était pas sa préoccupation immédiate.

Etat de la voie après l'attaque
Etat d'un wagon toujours après l'attaque
Le train venu réparer les dégâts
Evènements de Castres - Premiers contacts avec les occupants - Attaque du train à Labruguière - Photos des dégâts
L'arme du capitaine Maertz, récupérée, le samedi 19 août 1944 et conservée par Camille Nicaise, maintenant déposée au Militarial à Boissezon.